Bienvenue dans l’ère de l’agriculture de précision !

À l’instar des nouvelles technologies, notre lien avec l’agriculture est très fort, autant par les produits que nous consommons que par le mode de vie que nous pratiquons.  Depuis le dernier siècle, la culture de la terre a connu une évolution fulgurante. Voici comment l’agriculture de précision a contribué à façonner notre société telle qu’on la connaît aujourd’hui.

L’évolution de l’agriculture : une course au progrès des rendements agricoles
On est bien loin des méthodes de travail de nos grands-parents et de nos parents alors que la culture de la terre se faisait manuellement et visait essentiellement une production de subsistance pour nourrir les animaux et faire des provisions pour l’hiver.  Après 1946, l’agriculture de subsistance passe graduellement à un niveau industriel alors que la machinerie et l’usage d’intrants prennent davantage de place dans les fermes et permettent de dégager des surplus de production destinés à la population non agricole.  Puis, est venu la Révolution verte dans les pays en développement entre les années 1960 et 1980 qui témoigne du bond technologique important dans le domaine de la génétique, de la machinerie et des intrants.  Avec l’intensification de l’agriculture, la Révolution verte est synonyme de rendement exceptionnel mais aussi d’augmentation de la pollution et de l’exode des populations rurales vers les villes.

XXIe siècle : L’ère de l’agriculture de précision
C’est avec l’avènement massif des ordinateurs personnels et de l’informatisation vers la fin des années 1980 que l’agriculture débute un nouveau chapitre de son histoire.  Plus récemment, combiné à des ordinateurs et des logiciels plus performants, les GPS (global positioning system) ont fait leur apparition dans le paysage agricole.  Pour bien comprendre ce que la géo localisation a pu apporter dans les nouvelles manières et façons de faire en agriculture, voici un exemple concret qui illustre bien l’application de cette nouvelle technologie.

Pour ceux et celles qui ne sont pas familier avec l’agriculture, essayez de vous imaginer l’ampleur du travail qui se fait sur une terre agricole et la panoplie d’outils et de machinerie que cela exige.  Lorsqu’on parle de grande culture, on parle d’une superficie des fermes avoisinant les 76 hectares en moyenne dans la MRC de Rouville.  Être seul dans son tracteur au beau milieu de ces terres est quasiment la même image qu’être au milieu de l’océan sur un bateau.

Maintenant que l’image est gravée dans votre mémoire, voici la situation : vous êtes au beau milieu de votre terre lorsque l’indicateur de votre réservoir de pesticides signale qu’il est vide.  Vous devez retourner à la ferme pour le remplir à nouveau et revenir exactement à l’endroit où vous étiez, soit au beau milieu de votre terre de 76 hectares.  Comment vous assurer que vous reviendrai à l’endroit exact ?  Si vous avez répondu « planter un piquet » ça ne suffit pas, surtout si vous voulez en plus vous assurer de ne pas épandre une double quantité de votre produit sur une portion de terre « au cas où j’en aurai pas mis là, ou… était-ce bien là ? ».

Le logiciel garde en mémoire le calcul de la superficie de la terre, le trajet au centimètre près de chaque passage de la machinerie ainsi que des obstacles qui se retrouvent sur le trajet.

Conjuguer rendement, économie et environnement
Tous les nouveaux équipements sont maintenant disposés de technologies avancées qui permettent à l’agriculteur, au beau milieu de son champ, de savoir exactement où il est situé, quelle est la bonne quantité d’intrants à distribuer précisément sur telle ou telle portion de sa terre.  Grâce au logiciel Autotrack les limites de terres agricoles sont entièrement géo référencées sur une carte informatique qui sert de base pour tout type de travaux.

Monsieur Yvon Boucher, Président du syndicat de base de l’UPA Rouville, explique qu’à partir de cette carte, « le logiciel garde en mémoire le calcul de la superficie de la terre, le trajet au centimètre près de chaque passage de la machinerie ainsi que des obstacles (comme les pilonnes électriques) qui se retrouvent sur le trajet ».  Connecté au tracteur, ce dernier se conduit « comme un pilote automatique » et il s’adapte en fonction des travaux à exécuter.  Ainsi, pour le nivelage du terrain, un programme trace les courbes de niveau du champ et corrige avec précision la dénivellation pour assurer un écoulement des eaux adéquat et efficace.

Autre exemple, lors du battage, l’agriculteur peut savoir avec exactitude l’endroit sur sa terre où le rendement n’est pas au rendez-vous.  Dès lors, il sait où il doit faire des analyses de sol et en fonction du résultat, le logiciel enregistre les modifications qui seront apportées lors du prochain épandage.  Le logiciel jumelé avec un GPS « sait précisément où il faut mettre plus d’engrais à un endroit ou moins à un autre endroit par exemple» relate M. Boucher.

Autrefois il était normal d’épandre la même quantité d’intrant de manière uniforme dans les champs, c’était la manière de faire.  Or, le sol a une capacité d’absorption limitée.  Grâce aux nouvelles technologies, l’agriculture de précision fait diminuer considérablement la quantité d’intrant qui est en surplus et qui n’est pas absorbé par le sol.  La technique permet à la fois d’économiser sur les dépenses associées aux intrants, de diminuer leur impact environnemental relié au surplus non absorbé par le sol et surtout, elle permet d’améliorer le rendement de la terre agricole.

Fini le travail routinier ?
Selon le portrait des fermes agricoles au Québec, on dénombre une baisse de main d’œuvre chez les ouvriers et les exploitants agricoles par établissement.  C’est une tendance qui suit la démographie (familles moins nombreuses) et la baisse du nombre d’établissements agricoles (moins de fermes, mais avec de plus grandes superficies).  La venue des nouvelles technologies vient en quelque sorte pallier le manque de main-d’œuvre, une problématique que certains exploitants auraient pu rencontrer.  Grâce à l’introduction de la robotisation de certaines tâches routinières et de travaux contraignant, l’efficacité dans les fermes s’est vue augmenter.

Par exemple, du côté de la production laitière, les producteurs utilisent des trayeuses automatisées ou des robots de traite qui, grâce à des capteurs, saisissent des informations sensibles lors de la traite permettant d’assurer la qualité du lait mais aussi de faire un suivi sur la santé de l’animal.  Autre exemple, l’Autoration est une machine qui est utilisée pour nourrir les animaux.  Elle rationne les quantités et exécute les mélanges de denrées requises pour répondre au besoin précis de chaque animal.  La nourriture est distribuée automatiquement et individuellement à l’aide d’un convoyeur.  À cette étape, le producteur ne passe qu’une trentaine de minute dans l’établissement pour veiller à ce que tout se déroule bien, comparativement aux plusieurs heures que cette tâche routinière pouvait lui demander autrefois.

Sans toutefois éliminer complètement la routine, ces technologies sont sans contredits des avancées qui ont favorisé des gains de temps et d’argent pour plusieurs producteurs.

Rien ne peut être parfait !
Bien entendu, il n’y a pas que des bons côtés à tous ces ajouts technologiques dans les fermes.  Un point négatif, qui est le lot de plusieurs agriculteurs, est celui de l’accessibilité à l’internet haute-vitesse.  Certains appareils requièrent une mise à jour de leur logiciel par internet et la lourdeur des données à télécharger rend l’exercice parfois impraticable.

D’autre part, si autrefois le producteur n’avait qu’à sortir son coffre à outil pour réparer un bris, lorsque le bris survient au niveau des appareils informatiques, GPS ou autres outils automatisés, le producteur doit se tourner vers des ressources externes spécialisées.  De plus, certains appareils ont un niveau de complexité tel qu’ils demandent aux producteurs d’avoir une formation adaptée pour pouvoir les utiliser à 100% de leur capacité.

Devant la diminution des tâches manuelles, bien que la venue des nouvelles technologies apporte un degré de vulnérabilité chez le producteur, il n’en reste pas moins que l’agriculture de précision apporte des solutions concrètes aux agriculteurs, tant pour diminuer l’impact de leur production sur l’environnement que pour atteindre leurs objectifs en matière de rendements agricoles.

 

 

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